Une Présence immanente par Lydia HARAMBOURG février 2006


Confrontée à la perception incertaine de ce qui l’entoure, Michèle Iznardo interroge le réel dans son interchangeabilité. Elle y décèle une image fugitive dont la ligne, seule, capturera l’enveloppe pour une déclinaison d’apparences, une succession d’échos formels qui ne sont que les pulsations d’un visible mutant. Comment les choses se révèlent au monde, revient à poser la question du sujet, de son pouvoir illusionniste face au règne de la Peinture. Un début de réponse est donné par l’épiphanie de la forme infléchie par l’imaginaire vagabond et la mémoire malléable, dans leur désir inavoué de déstabiliser toute certitude de réalité. La ressemblance que quêtait Giacometti se transpose ici en évaluant le rapport qui existe entre la profondeur et le plan. C’est à partir du va et vient de son regard, que Michèle Iznardo met en abîme l’espace. C’est lui le révélateur de la surface, celui par lequel advient la profondeur dans la lumière. En recourant aux calques, travaillés à l’huile recto verso, avant d’être marouflés sur un carton, peint préalablement à l’huile par superpositions fonctionnant comme des écrans, l’espace devient plus important que la chose représentée.
       On le décèle d’évidence en décryptant ce coquillage posé devant une fenêtre, puis intégré dans un paysage qui l’absorbe. Ce travail de recouvrement, puis de dévoilement, est d’abord celui de la transparence. Pour être à l’unisson, sa palette rejette la couleur. Le registre des blancs, de zinc, d’argent, de titane et des noirs, gris de payne, d’ivoire, de fumée, lui permet d’interpréter une partition tantôt grave, silencieuse ou légère. Sur le champ ainsi circonscrit, la ligne d’horizon reste symbolique tout en réaffirmant son évidence dans ce duel entre l’invisible et le visible. Si la première couche posée sur le carton est gardienne du geste qui installe, sous-tendu à la mémoire pérenne, les reprises au crayon, non moins décidées, les jus dilués, les ombres montées jusqu’au noir dans leur refus d’un modelé trop réaliste, le dialogue avec les blancs, introduisent le mouvement dans la rigueur.
        Toute forme contient une autre forme. Tout sujet se déplace dans l’espace. Tel le sculpteur qui enlève pour créer, Michèle Iznardo efface, blanchit et atteint ce temps suspendu, dont on ne sait s’il est vide, espace ou plan. Le coquillage se fait paysage, sa conque ourlée se confond avec le mouvement de la montagne. L’un dans l’autre, leur forme se dilate dans le champ spatial où se réfléchissent les empreintes des choses perdues et retrouvées dans la transparence lumineuse.