"Vue de l'intérieur" par Maurice J. Estrade 2006


Vue de l’intérieur

Toute vision est la vision particulière de chacun ; elle est d'abord une réception tournée vers l'extérieur qui se colore plus ou moins à l'exposition du monde ambiant. Mais à l'exemple du rêve où les couleurs se limitent généralement entre le noir et le blanc, la vision intérieure s'impressionne de cette limite en évoluant dans les gris du plus clair au plus sombre. C'est dans cet immense domaine de l'espace intérieur qu'évolue l'œuvre de Michèle Iznardo, où toute image est le décalque d'une autre image et cela à l'infini. Ces renvois multiples de formes, de lignes, de traces créent une résonance de la matière organisée, une amplification jusqu'à cette douce harmonie sur un fond sonore où tout s'accorde dans une interdépendance du plus fluide au plus dense, du ciel à la terre mus par les mêmes forces génératrices en constante transformation. Le monde par son existence relative offre une présence éternelle qui se manifeste dans l'instant renouvelé où surviennent les apparitions de l'espace intérieur en relief d'un dehors empreint de la réalité des choses.

Aborder la peinture de Michèle Iznardo, c'est recevoir la réalité à l'intérieur de soi dans laquelle les formes ont ce caractère d'étrangeté et d'intimité, d'inconnu et de connu et que par ces tendances opposées produisant un effet singulier, surréel, parfois insolite, tout objet, paysage ou autre, dans leur transparence incertaine, paraissent se dupliquer, se multiplier indéfiniment. Rien n'est acquis, tout est en voie de transformation, de mouvance secrète. Mais cette lente transformation ne se traduit pas visiblement par des mouvements exubérants, ni ondoyants, mais par une fixité qui se dédouble à l'infini comme si elle portait en elle l'origine de toute manifestation existentielle: le reflet. «Au début était le reflet» pourrait être le postulat intuitif de l'artiste à partir duquel, par le jeu interactif des résonances, le réflexe élabore les connexions du multiple. La réalité prise dans l'épaisseur de la transparence a la consistance d'une représentation rêvée où tout est lourd de signification et la limpidité subtile d'un semblant de réel.

Espace ouvert, agrandi par la technique qu'utilise l'artiste, en recourant à des calques travaillés à l'huile recto verso, avant d'être marouflés sur un carton au fond unit peint préalablement à l'huile, ayant l'effet d'écrans translucides réfléchissant l'espace dans le détail des formes et en j'intériorisant dans celles-ci en le rendant en quelque sorte visiblement omniprésent. Spatialité générant un arrière-plan propice à une grande clarté de conscience. L'arrière-plan enveloppe l'avant-plan.

En s'en tenant au registre du noir et du blanc avec les variantes des blancs de zinc, d'argent, de titane et des noirs, gris de payne, d'ivoire, de fumée, et en s'abstenant de toute autre couleur, l'artiste sait traiter de sujets divers avec la gravité d'une nostalgie profonde, la douceur ourlée d'un désir, le plein espoir d'une saison d'engrangement.

Michèle Iznardo, diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris en 1984, a complété sa formation par une année d'école d'architecture d'où peut-être ce goût pour un espace assez structuré, a été pensionnaire à la Casa de Velazquez à Madrid, elle a commencé à exposer en 1990 à Paris et ses environs ainsi qu'en Espagne. Est présente au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Hors période d'exposition, quelques œuvres de l'artiste sont visibles en permanence à la galerie GNG, rue Visconti à Paris. Est par ailleurs toujours joignable par téléphone au 06 64 15 19 92, pour une visite d'atelier.

L'emprise du jour et de la nuit sur les éléments configure les formes dans leur apparition éphémère. Une marche divinement légère laisse son empreinte alternée dans le cœur de chacun où Michèle Iznardo, en poursuit l'écho pour donner la mesure de l'immense dans l'enclos du fortuit.

Par Maurice J. Estrade

n°166 décembre 2006 GESTION DE FORTUNE