Venue tard à la peinture, sans le lent apprentissage classique, Isabelle Lutz produit par conséquent une œuvre brute, puissante et sans le moindre état d’âme. De nationalité suisse et vivant à Genève, la ville de l’austère Calvin, elle ne pouvait présenter qu’un travail à l’expression visuelle tout autant que spirituelle. La personnalité et l’expérience de cette jeune femme ont su parfaitement nourrir le Moloch qui est en elle. En effet, depuis près de cinq ans, elle ne cesse de peindre et sa production est impressionnante.
Elle a commencé ses premières toiles avec les mains, utilisant ses doigts, directement sur grand format [près de deux mètres] parce qu’elle n’avait aucune notion de technique et qu’elle avait de grands murs. La réalité est sans doute différente et son sujet de prédilection [quasiment unique], des femmes dénudées, maigres et un peu effrayantes, les yeux grands ouverts, dans des environnements déshumanisés et rigides nous oriente peut-être vers une vision personnelle de du monde, et cela, à l’échelle humaine et ,si possible, sans intermédiaire.
Aujourd’hui, Isabelle Lutz maîtrise son métier et affine son propos. La femme est toujours présente et celle-ci ressemble étrangement à son auteur. Ses toiles sont quasiment extatiques, correspondant à la forte implication de l’artiste dans son environnement sociale. C’est pourquoi le choc que l’on reçoit lorsque l’on est physiquement devant ses toiles est sans commune mesure avec l’effet perçu devant les images de celles-ci. Etre confronté à l’œuvre, c’est être confronté à une réalité évidente, brutale et c’est alors elle et nous.
As a latecomer to painting, Isabelle Lutz bypassed slow classical training, and as a consequence she produced brutal, powerful work which revealed no sentiment. Swiss by birth and living in Geneva, which was also home to the austere Calvin, she could only present work displaying both visual and spiritual expression. This young woman’s personality and experience were a perfect breeding ground to bring out the Moloch in her. In fact, for almost five years, she has not stopped painting, day or night, and her output is impressive.
Her first canvases were by hand, using her fingers directly on large format [almost two metres] because she had no idea about technique and she had large walls. Reality is without doubt different and her preferred [virtually the only] subject is that of nude, thin women, who are a little scary with their wide-open eyes, in rigid de-humanised surroundings suggesting a personal vision of herself in the world, and that, on a human scale and without an intermediary if possible.
Today Isabelle Lutz is mastering her profession and refining her subject. Women are still present and suspiciously resemble the author. Her canvases are almost ecstatic, corresponding uniquely with the artist’s imagination, who in this way paints a tormented, but absolutely authentic intimacy. This is why the impact of physically being in front of her canvases is unrivalled by the perceived effect in front of pictures of her paintings. To be confronted by the painting is to be confronted by an obvious, brutal reality and this is then her and us.