GREY-GEZI PARK, ISTANBUL
Du 12 mai au 30 août 2015

 

De mai à juin 2013, le parc Gezi, près de la place Taksim, au cœur de la partie européenne d’Istanbul, est devenu un centre de coordination du Gezi Movement (#occupygezi), une manifestation antigouvernementale rejointe par plus de 2 millions de citoyens.

La protestation a été déclenchée par la décision du gouvernement d’abattre les arbres du parc pour construire un centre commercial. Les manifestants qui ont organisé un sit-in ont été brutalement expulsés par la police armée de bombes de gaz lacrymogène et de canons à eau. Suite à cette violente réaction, le gouvernement turc a été obligé de faire face à une insatisfaction croissante des citoyens contre l’administration d’Erdogan.

À partir d’un sit-in écologiste, la manifestation a dégénéré en un mouvement anti-gouvernement à l’échelle nationale, gagnant d’autres grandes villes comme Ankara et Izmir. Une fois de plus, les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans la diffusion mondiale des informations conduisant plusieurs actions de protestation dans les métropoles européennes comme Paris, Berlin et Londres.

GRIS -GEZI PARK, ISTANBUL est un travail photographique sur ce parc, réalisé 3 à 10 mois après le mouvement. Ces images constituent la collecte de résidus des évènements qui s’y sont déroulés. L’un des sujets centraux de ce travail est la représentation des arbres.

Dans ce mouvement de protestation, les arbres et le parc ont été mis en opposition avec le centre commercial et il est intéressant de rappeler que le concept de centre commercial, le « passage », est né à Paris au 19e siècle, presque en même temps que les parcs urbains et la photographie. Tous trois sont considérés comme des symboles de l’époque moderne.

À l’origine, « passages » et parcs urbains étaient associés les uns aux autres comme des espaces équilibrés de vie et de consommation dans la ville. Aujourd’hui, l’économie contemporaine a donné la préférence aux centres commerciaux avec des « passages » hypertrophiés, tandis que les arbres et les parcs ont été progressivement exclus ou intégrés dans d’anciennes structures urbaines.

À Istanbul, après le mouvement, le parc a été recouvert par les autorités de peinture grise. Les graffitis et les messages multicolores laissés par les manifestants sur les murs, les dalles et les troncs des arbres ont été masqués et supprimés avec une teinte monochrome grise comme si rien ne s’était passé. Restent cependant ces tableaux gris et obstinés, témoins de l’oppression, rappelant l’intensité des voix réprimées.

TROIS SÉRIES DE PHOTOGRAPHIES PRÉSENTÉES :

1. DALLES

Les dalles du parc Gezi sont devenues une sorte de toile sur laquelle les expressions citoyennes se SONT confrontées au gouvernement. Les messages de protestation griffonnée sur les dalles ont été recouverts systématiquement par de la peinture grise monochrome. Chaque photographie représente ainsi une sorte de peinture abstraite faite par le pouvoir. La bande verticale de couleur que l’on voit sur les photographies est une anamorphose représentant la foule des manifestants, toujours présents dans le cyberespace.

2. ÉTUDES DES ARBRES

Pour faire suite aux  « études d’arbres », pratiquées au 19e siècle, ces images montrent minutieusement la surface des troncs sur lesquels les traces de l’opposition apparaissent. Les messages multicolores peints par les citoyens et les surfaces monochromes grises peintes par le pouvoir incarnent l’antinomie de ce mouvement de protestation dans plusieurs couches. En outre, la forme organique et complexe de l’écorce représente elle-même la force de régénération de la nature qui efface progressivement les peintures des deux côtés. Sur chaque photo de la série, une ou plusieurs lignes de couleur se croisent comme un indicateur de couleur montrant celles utilisées pour peindre les premiers mots, et révélant ainsi les voix des manifestants étouffés par la peinture grise.

3. ÉCHANTILLONS

Échantillonnage de divers éléments du parc : mur, arbre, gens, ciel, ombre et lumière... Ces fragments du parc représentent différentes formes organiques et pas uniquement les traces du mouvement de protestation. Le parc est en effet une réserve de formes organiques de la ville. Lorsque les citoyens défendent ce parc, ils défendent également ses formes. Cet ensemble d’images peut être considéré comme un hommage aux personnes et à ces formes qui reflètent une certaine intelligence organique.

Tadashi ONO

- Né à Tokyo, vit et travaille à Kyoto et Paris

- Étude de sylviculture, Université de Shinshu, Nagano, au Japon.

- École Nationale Supérieure de la Photographie, Arles, France, diplôme 1991

- Artiste en résidence, Centre Culturel français d’Alexandrie, en Égypte, 1992

- Chargé de cours de photographie à l’Atelier de Sèvres à Paris, 2003-2010

- Commande publique par le ministère français des Arts pour créer des archives photographiques de Le   Cyclop, l’une des œuvres majeures de Jean Tinguely, 2005

- Photoquai 2009. Membre du comité de conservation de la 2e Biennale des Images organisée par le Musée     

  national du Quai Branly, Paris, 2008-2009

- Professeur et directeur de la section de la photographie, à l’Université de Kyoto d’Art et de Design, depuis   2011

- Présentateur et conservateur pour Le Prix Découverte de la 43e édition de Rencontres Internationales de   la Photo, Arles, France, 2012